Lancement de TerraNova: une initiative qu'il faut saluer !

Depuis quelques mois se sont multipliés les "think tanks" à gauche. Par ricochet, ou plutôt par réaction à l'hégémonisme de la droite dans ce domaine: tout le monde connaît l'Institut Montaigne, aujourd'hui dirigé par le journaliste ultralibéral Philippe Manière et crée par Claude Bébéar.

Vous aviez également probablement entendu parler de la Fondapol, d'émanation moins libérale que chiraquienne, lancée fin 2003 à grands renforts de sponsors du monde des affaires. Qui depuis lors végète.

Ou encore de l'Institut économique Molinari ou de l'IFRAP, liés au réseau tentaculaire des "free-market" think-tanks, sis à Bruxelles, qu'organise le discret Center For The New Europe, libertarien.

Tous ces "think tanks" à la française végètent à l'exception de l'Institut Montaigne, qui produit des notes dont certaines ont fait parler d'elles par leur audace et les préconisations qu'elles avançaient, recourant systématiquement au benchmarking (ou analyse comparative des meilleures pratiques, prises ailleurs ou chez les concurrents).

Lesquelles notes sont une source essentielle d'inspiration pour les politiques publiques menées depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir (et avant aussi: on peut dire que 2003, les idées qui couvent à l'Institut Montaigne forment le ciment des politiques publiques en matière d'emploi, de sécurité, de "tolérance zéro", de réforme de l'Etat ou encore de réforme des institutions politiques.

Mais pour ce qui concerne la gauche, la greffe n'a longtemps pas pris. Aussi, la Fondation TerraNova, bien que d'inspiration très réformiste, très "deuxième gauche", est une initiative heureuse, qu'il faut saluer. Sur la forme, et sur le fond.

Contrairement à mes petits camarades, je ne pense que nous ayons fait suffisamment notre deuil du vieux surmoi marxiste (ou keynésien) qui nous habite encore un peu tous.

Contrepied de ma part ? Non pas: je pense que toute initiative d'émanation rocardienne (et à plus forte raison, dans laquelle Michel Rocard continuerait de jouer un rôle-clé: c'est le cas ici, puisqu'il présidera le "conseil d'orientation scientifique") est un gage de rénovation et de modernisation du corpus doctrinal socialiste. Lequel a toujours autant besoin d'être dépoussiéré de certains archaismes, qui ont contribué à nous faire perdre les dernières échéances présidentielles: sur la dette publique, dont la réduction doit redevenir le centre de nos préoccupations, ou encore sur l'art et la manière de réformer l'Etat...à gauche.

Je l'avais déjà dit par le passé sur ce blog: la gauche est bien meilleure réformatrice de l'Etat que la droite, qui n'a de l'Etat et des solutions de gestion à lui apporter que des options "conservatrices" (au sens de conservation des avantages et des intérêts acquis).


A gauche, nous réformons l'Etat et les collectivités de façon ambitieuse, comme on le voit aujourd'hui à Paris, ou bien hier, lorsque Michel Rocard a, précisément, été l'initiateur de la réforme de l'Etat.

Et puis TerraNova accueille d'emblée des personnalités de gauche dont il faut saluer les capacités, qui ont pour la plupart été proches des cabinets socialistes du second septennat de Mitterrand, et notamment sous Michel Rocard: Denis Olivennes, Elie Cohen, ou encore Olivier Ferrand, Bernard Spitz ou Matthieu Pigasse.

Wait and See: plus il y aura de lieux d'expertise à gauche, plus la gauche aura d'idées neuves et pourra ancrer dans l'opinion publique, via ses relais d'opinion) un terreau idéologique qui milite en faveur d'une alternative "réaliste" et "crédible" à la droite. Les contraintes de la Globalisation étant nombreuses, il s'agit de trouver un terrain d'entente entre nos convictions sociales, d'une part, qui doivent rester fortes, ancrées et exigeantes. Et, d'autre part, une nécéssaire adaptation de notre outil de production et de nos gouvernances publiques, aux enjeux de l'économie et du monde d'aujourd'hui, qui appellent, au-delà d'une relance européenne, plus de réactivité et plus de compétitivité dans notre économie...