Polémique à recadrer d'urgence

La polémique autour de la libération d'Ingrid Betancourt doit être d'urgence recadrée.
Si Ségolène Royal a eu entièrement raison d'affirmer, depuis le Québec, que le Président français n'y est pour rien (voir les réactions outrageantes de la droite à ses déclarations),  on ne peut pas non plus estimer qu'alimenter cette polémique soit très intéréssant.

Voyez ces développements politiciens franco-français...

Ce qui peut surprendre, à première vue, c'est le nombre d'acteurs de la vie internationale qui se disent impliqués, de près ou de loin, dans cette libération: on peut ainsi tomber des nues en apprenant, après tout l'intox médiatique que nous subissons en France, que ce sont en fait des officiers du renseignement de l'armée israélienne qui ont joué un rôle-clé dans le caractère réussi de cette opération.

Il faut dire qu'Ingrid Betancourt a elle-même poussé la comparaison, parlant d'une libération "digne de l'armée israélienne"... Mais il y a bien un élément de crédibilité à l'actif de cela: les Israéliens ont été capables, par le passé, de monter des opérations stratégico-militaro-terroristes jusqu'en Argentine, supplantant largement la France en matière de savoir-faire logistique et de capacités à mettre en oeuvre une opération dans laquelle interviennent des leurres...

Une chose m'apparaît certaine: cette libération aurait pu intervenir il y a deux, trois, voire quatre ans, si la France ne s'était pas tant impliquée diplomatiquement. Avec des épisodes rocambolesques, sous Dominique de Villepin, qui ont plus que miné la crédibilité de la France dans la région. Comme le soulignait récemment Emmanuel Todd, ce n'est pas le rôle de la France mais celui du Brésil que de jouer les bons offices en Amérique du Sud. Ou alors du Presidente Chavez, qui dispose d'une crédibilité politique auprès de ce qui reste de la guérilla que n'a aucun autre régime politique. On peut le regretter mais c'est ainsi. En partant d'ailleurs du constat que les Etats-Unis se sont très largement mis en retrait de la vie militaire de la Colombie.

En conclusion, il faut énoncer une vérité simple: la France est devenue tout simplement incapable, faute de moyens et d'intelligence, de mener à bien des opérations d'intelligence d'envergure hors de son territoire.

Revenons à la polémique française. Quel importance politique cela revêt-il, sinon que la tendance naturelle de Sarkozy, de son Gouvernement, est évidemment de récupérer au mieux cette libération, dont les Français, dans leur généralité, se fichent éperdument de mettre à son actif ?

Accessoirement, et sans vouloir être désobligeant, l'opinion publique française n'a cure de la libération d'Ingrid Betancourt hormis l'impact émotionnel de voir une femme, qui a été capturée sous Jospin (en-dehors de cénacles ,proches notamment du Modem, qui ont constitué des "comités de Libération" au long cours), revenir à Paris dans la France de Nicolas Sarkozy. Il y a une part de mythe à écluser lié au fait que cette femme était une femme politique au moment de sa capture, d'ailleurs secondaire et méconnue ici, et dont l'existence médiatique en France était relativement nulle au moment des faits (elle était alors la candidate d'un parti groupusculaire écolo, Oxygène de Colombie, sénatrice démissionnaire quoique gênante, à l'élection présidentielle de 2002, qui avait vu la victoire d'Uribe...

L'autre versant, moins agréable à énoncer pour le pouvoir actuel en France, du dénouement de cette affaire, et que la famille Bétancourt est très liée...à la Chiraquie. Et comme le souligne le "taulier" (horrible néologisme) d'Intox2007, la réaction de Sarkozy, à l'Elysée, à des questions de journalistes sur les conditions de cette libération, fait peine à voir, tout simplement parce qu'il n'y est pour rien...

Bertrand Delanoë, au passage, s'arroge l'aura  (authentique ) d'avoir été constant dans le soutien que la Ville de Paris a apporté à l'ex-otage, mais donne, au retour à Paris d'Ingrid, l'image surprenante d'un édile ne sachant s'entourer que de personnalités aussi jeunes et reluisantes (en termes de capacité de politique étrangère) que Pierre Schapira, son adjoint, ou encore Marek Halter, un écrivain néoconservateur barbu ridicule et...très ancien.