Je ne comprends pas bien les blogueurs de gauche (Left_blogs ) qui lancent une
attaque concertée contre Libération
,invoquant les articles anti-Ségolène Royal (phénomène déjà fort ancien) de ce journal.
- En premier lieu, cela oblige des journalistes de Libération (alias Libé) à venir se défendre sur ces
blogs, lesquels argumentent peu. Le résultat en est contestable et on a un peu le sentiment d'un réquisitoire contre le fort par le faible, le faible ne se donnant pas
franchement la peine de répondre au "fort", lequel se donne la peine, lui, de s'intérésser à la production peu audible du "faible". L'effet pour un lecteur de passage sur ces blogs est
donc assez "moyen".
C'est l'effet voulu par ces mêmes blogueurs, me direz-vous: attirer des journalistes dans leur antre comme ils étaient parvenus à le faire avec Claude Askolovitch
(c'était Eric Mainville, le spécialiste des Médias, qui était (et est
toujours) à la manoeuvre).
- En second lieu (et j'ai tenu à répondre à Eric Mainville sur ce point là, sur son blog ), la stratégie est un peu cousue de
fil blanc dans la mesure où les critiques "sérieuses" et "de fond" concernant Libération sont déjà très anciennes et fort bien connues de tout le monde. Et
bien intégrées, à gauche.
Autrement dit, il eût fallu émettre ces critiques en pionnier, du temps (glorieux et pas si ancien) de PLPL (et
aujourd'hui du Plan B
), c'est-à-dire du temps où il y avait une critique des médias réellement hilarante et que Laurent Joffrin
était amoureusement raillé, et revêtu de sobriquets (tels que Laurent Mouchard
, son vrai nom) pour sa barbiche et ses
mensonges, proverbiaux.
Ce journal quotidien qu'est Libération est aujourd'hui (mais c'est le cas depuis le
départ de Serge July, début 2006, et même depuis beaucoup plus longtemps) au bord de
la liquidation définitive. Et les critiques que je lis apparaîssent donc, dans ce contexte, comme autant de resucées inutiles d'arguments "de fond" qu'on pouvait déjà lire
il y a déjà presque 10 ans dans PLPL (aujourd'hui Le Plan B).
Et à l'époque beaucoup plus construites et mieux argumentées que les attaques à courte vue car au jour le jour, et sans doute dérisoires eu égard à l'effet
désiré, que je lis sur les blogs.
Sans doute les blogs (je pense à Intox2007.info) misent-ils sur un possible
effet "disparition de Libération" et un électrochoc que cela pourrait produire ? C'est de bonne guerre.
Lequel effet serait en tout cas, le cas échéant, une source d'audience supplémentaire considérable pour les blogs de gauche en général du seul fait de la proximité supposée
(centre-gauche...) ? Il suffirait alors de régler son compte au rejeton de Libération sur Internet, Rue89.com (que les blogs en question se gardent bien
de critiquer, allez comprendre !)
Dans ces conditions, l'argument suivant lequel il s'agit de défendre Ségolène Royal, injustement villipendée par Libération (et c'est sans doute vrai d'ailleurs, pour ce que j'en ai lu
depuis 2006) et certains de ses mensongers éditorialistes, n'est point du tout crédible...sur le fond, s'entend.
Quant aux critiques de fond qui se portent sur Laurent Joffrin lui-même et le caractère calamiteux du message qu'il porte depuis des années pour la Gauche
(son activisme au sein de la défunte
Fondation Saint-Simon, inventrice du "social-libéralisme" en France dans les années
Mitterrand et, depuis lors, à chaque occasion qui se présente de critiquer l'illibéralisme socialiste et le refus de la social-démocratisation): ces critiques contre Laurent
Joffrin sont en fait aussi anciennes qu'il y a une critique des médias digne de ce nom en France.
Déjà, dans les années 1980 (époque à laquelle Joffrin ne présidait pas encore, bien entendu, aux destinées de "Libération"), on raillait les reportages "californiens" de Laurent Joffrin, lequel
visitait la Silicon Valley et expliquait que "l'avenir est là", expliquant grossièrement qu'il faut réconcilier la "Deuxième gauche" et l'entreprise...
C'était le temps où le même Joffrin portait une barbe très fournie, des cheveux longs, et des chemises à fleurs: vous n'avez, pour certains, pas connus cette époque là...(et désolé: je n'ai
cette fois-ci pas retrouvé d'archives INA
!).